Le tremblement de terre du 11 mars 2011 comme si j'y étais…
(…parce qu'en fait, j'y étais!)
J'ai finalement été obligé de raconter ma version des faits pour rassurer des membres de ma famille, donc autant copier-coller le résultat ici si ça peut m'éviter de recevoir de nouveaux messages me demandant comment j'ai survécu à la fin du monde.
Le jour du gros tremblement de terre, j'étais au bureau, au cinquième étage d'un immeuble à Tokyo. Cela a commencé à bouger "comme d'habitude" mais, au lieu de ne durer qu'une ou deux minutes, ça s'est mis à bouger de plus en plus et on a dû tenir nos écrans/pc/mugs/etc. pour éviter qu'ils tombent. Au bout d'un moment on est partis par les escaliers de secours pour aller dans le parc avec tous les gens du quartier, regarder les immeubles se frôler. Certaines personnes à côté de moi pensaient que c'était le Tokai Jishin, le tremblement de terre que les géologues prédisent depuis des lustres et qui devrait un jour détruire Tokyo. Mais à Tokyo, cette fois-ci, ce n'était qu'un 5/7 sur l'échelle sismique japonaise. Je n'ai d'ailleurs pas vu un seul craquement sur aucun mur, là où Paris aurait été très vite transformée en un champ de ruines.
Cela a duré presqu'une heure, et le téléphone ne fonctionnait plus donc je n'avais aucune nouvelle d'Ayako et de la petite. Tout ce que je voulais, c'etait rentrer à la maison pour m'assurer qu'elles allaient bien, mais les trains ne circulaient plus. Je suis donc parti pour essayer de trouver un train à la gare de Shibuya, plus au sud, parce qu'il y a d'autres compagnies ferroviaires qui desservent Yokohama au départ de cette gare. Mais la non plus il n'y avait aucun train, juste des gens qui erraient dans les rues à la recherche d'une cabine téléphonique (avec des queues de 100 personnes), d'une supérette ayant encore des piles (prises d'assaut), d'un taxi (12 heures d'attente) ou s'arrétant devant l'un des écrans géants qui passaient les infos de la NHK et qui montraient les effets du ras de marée sur la cote Est (Sendai), là où l'intensité du tremblement de terre avait été maximale (7+/7). J'ai finalement pu trouver un petit chargeur de piles avec une prise USB pour mon téléphone, ce qui m'a permis de suivre les infos (les appels ne passaient pas, mais la 3G passait donc je pouvais utiliser twitter), et je suis allé passer la nuit au stade de Yoyogi converti en refuge pour l'occasion.
Le lendemain matin j'ai pu acheter un sandwich et des pains aux raisins à la boulangerie de la gare avant de prendre le train. La ligne Shibuya-Yokohama fonctionnait assez bien. Arrivé à la gare de Yokohama, par contre, il y avait une queue de plusieurs centaines de mètres pour le train desservant la banlieue Sud : le quai, les escaliers et le hall de la gare étaient pleins. Je suis allé manger et recharger mon téléphone au magasin d'électronique, tout en réfléchissant au moyen de rentrer. Un mec que je ne connaissais pas, mais qui me suivait sur Twitter m'a conseillé de prendre le métro jusqu'à une petite station à 3Km de la maison. J'ai finalement pu retrouver Ayako et Lily-Rei, qui allaient très bien, après une promenade très agréable par un temps magnifique, grâce à ses bons conseils !
Je travaille depuis à la maison, les trains ne fonctionnant pas encore très bien (1 train sur 2 à peu près). C'est assez difficile de trouver de l'eau minérale ou du lait au supermarché, en ce moment, mais sinon on ne manque de rien (ce qui n'est pas le cas de tous les gens qui vivaient sur la côte, qui vivent désormais dans des refuges et manquent de tout --si vous connaissez des gens qui veulent donner pour les aider, voilà une association qui est sur place, qui livre plein de nourriture et de fournitures et qui a besoin de dons pour faire rouler ses camions.
Pour finir, si vous regardez les infos françaises, il faut absolument que je vous dise :
- D'arrêter tout de suite. Ils racontent n'importe quoi et j'hésite même à porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui (la mienne, en l'occurence, quand ils m'ont obligé à consoler ma mère en pleurs au téléphone pendant une réplique de magnitude 6).
- Que le niveau actuel de radiations à Tokyo est plus faible qu'à Paris, Agen ou Toulouse.
- Que les Japonais portent toujours des masques, pas pour se protéger des radiations, mais parce que c'est la saison du pollen.
- Que les Japonais portent des parapluies quand il pleut, pas pour se protéger des retombées radioactives, mais pour ne pas être mouillés.
- Qu'il n'y a pas de centrale nucléaire s'appelant "Eggman Shibuya", et qu'il s'agit d'une boite de nuit.
- Que la radioactivité de l'eau a bien atteint 210Bq/l à Tokyo pendant une journée (maintenant c'est retombé a 30Bq/l), mais que le Japon a des normes beaucoup plus strictes qu'à l'étranger et que la dose maximale sans danger pour la santé humaine a beau être de 300Bq/l ici, elle est de 3000Bq/l en France et dans les autres pays (soit dix fois plus).
